La prévention primaire : une réelle priorité de santé publique
Ce n’est pas sur le front des maladies infectieuses que se livreront les grandes batailles sanitaires à venir. Mais bien sur celui des maladies non-transmissibles : maladies cardio-vasculaires, cancers, diabète et autres affections respiratoires chroniques. L’OMS en est si convaincue qu’à l’issue de sa 55ième assemblée mondiale, elle a demandé un engagement résolu dans une stratégie globale de lutte contre ce qu’elle annonce comme fléau montant.
Aujourd’hui les maladies non-transmissibles sont responsables de deux morts sur trois dans le monde. A l’horizon 2020, elles devraient être à l’origine de 73% des décès. Mais dans les pays en développement, elles représentent déjà 79% de la mortalité totale.
Pourtant, plus de la moitié des maladies cardio-vasculaires et un cancer sur trois pourraient être évités. Les facteurs de risque, et particulièrement le tabagisme, un régime alimentaire déséquilibré, le manque d’exercice physique et l’abus d’alcool sont trop souvent en cause. Ils peuvent être infléchis mais encore faudrait-il pour cela, des politiques concertées et une action déterminée.
Selon le rapport de l’Organisation Mondiale de
Devant ce constat alarmant, notre pays a sans doute intérêt à réduire la mortalité et la morbidité cardiaque pour assurer son développement humain, économique et social. Et pour cela, la prévention devient primordiale, et reste le seul bouclier qui soit à notre disposition, à fortiori, dans un contexte aussi défaillant que le notre.
Cette prévention primaire qui consiste à œuvrer pour limiter l’apparition de la maladie chez les personnes saines, doit passer nécessairement par le dépistage des patients à risque et la sensibilisation du grand public véhiculée par les médias.
Le dépistage demeure l’élément capital pour le succès de la prévention en raison du caractère asymptomatique de certaines pathologies qui constituent des facteurs de risques pouvant évoluer à bas bruits jusqu’à l’accident cardiovasculaire parfois mortel.
Le facteur de risque se définit comme une caractéristique génétique ou environnementale (ce qui inclut le mode de vie) - qui permet d’évaluer la probabilité qu’a un individu de développer telle ou telle maladie.
Les maladies cardiovasculaires, en particulier l’atteinte des artères coronaires à l’origine de l’angine de poitrine et de l’infarctus du myocarde, sont favorisées par un certain nombre de facteurs de risque. Hormis l’hérédité, le sexe et l’âge, les principaux facteurs de risque cardiovasculaire sont modifiables :
Une élévation permanente de la tension artérielle ou hypertension artérielle (HTA). Le diabète, qui se définit par un excès de sucre dans le sang. L’excès de cholestérol (ou hypercholestérolémie) : une élévation du taux des graisses du LDL-cholestérol dans le sang représente un facteur de risque déterminant. Un HDL-cholestérol bas est également un facteur de risque.
L’excès de poids ou l’obésité : la valeur du tour de taille comporte en elle-même une bonne valeur indicative d’un risque vasculaire. Il faut être vigilant si le tour de taille est _
Le tabagisme : presque toutes les personnes faisant un infarctus avant 45 ans sont des fumeurs. Entre 30 et 70 ans, 4 décès cardiovasculaires sur 10 sont dus au tabagisme.
Les facteurs de risque ne s’additionnent pas, ils se potentialisent, c’est-à-dire qu’ils s’aggravent l’un l’autre. Ainsi, l’association de plusieurs facteurs de risque, même de faible intensité, peut entraîner un risque très élevé d’être atteint d’une maladie cardiovasculaire. Par exemple, si vous avez une tension artérielle modérée, une petite intolérance au sucre, un cholestérol moyennement élevé et que vous êtes un petit fumeur, vous êtes beaucoup plus « à risque » que celui qui aura un cholestérol très élevé isolément.
Une alimentation équilibrée, associée à une activité physique régulière, est un excellent moyen de protection contre l’excès de cholestérol, le diabète ou l’obésité et favorise la santé du cœur. Mais la nourriture peut aussi devenir un facteur de risque pour la santé. L’abondance d’aliments trop riches en graisses ou en sucres, des repas irréguliers et peu variés, le grignotage, le manque d’activité physique conduisent inévitablement à l’excès de poids. A tous les âges de la vie, notre alimentation doit fournir un apport calorique proportionné à notre dépense d’énergie. Elle doit aussi être suffisamment variée et bien répartie dans la journée pour apporter tous les nutriments nécessaires au bon fonctionnement de notre organisme.
Une alimentation variée : A chaque repas, toutes les catégories d’aliments doivent être présentes : Viande, poisson, œuf ou jambon, pour leurs protéines. Féculents (pommes de terre, pain, riz, semoule…), pour leurs glucides. Produits laitiers, pour leurs protéines et leur calcium. Fruits et légumes, pour leurs vitamines et leurs fibres. Un peu de matière grasse végétale (acides gras polyinsaturés), Il est également essentiel de boire abondamment, entre 1,5 et
La régularité des repas : Pour une bonne hygiène alimentaire, il est conseillé, autant que possible, de faire régulièrement 3 repas (plus un goûter pour les enfants, les adolescents et les personnes âgées). Prendre un vrai petit-déjeuner, sans trop de matières grasses, est essentiel pour bien démarrer la journée et éviter le grignotage dans la matinée. Il est recommandé de limiter la consommation de boissons alcoolisées et la fréquence des « bons repas », généralement trop riches.
Ce qu’il faut éviter : Les acides gras saturés Ils favorisent l’apparition de l’athérome dans les artères. On les trouve dans le beurre, la crème fraîche, les huiles de coco ou de palme mais aussi dans les viandes, la charcuterie, les œufs, le lait entier, le fromage et la pâtisserie. Il est recommandé de leur préférer les acides gras monoinsaturés : huiles d’olive, de colza et d’arachide, graisse d’oie, fruits oléagineux (amandes, noisettes, noix de cajou, pistaches…) ou les acides gras polyinsaturés : huile de tournesol et de maïs, de colza ou de pépins de raisin, poissons gras (thon, sardine, saumon, maquereau, hareng…). L’alcool, Sa consommation est totalement déconseillée aux enfants, aux jeunes, aux femmes enceintes ou qui allaitent. Pour les adultes, Consommé en excès, il augmente les triglycérides. Le sel : La quantité ingérée par jour doit être inférieure à
En bref, les 6 règles de l’équilibre alimentaire : Consommer au moins 5 fruits et légumes par jour. Limiter la consommation des graisses, surtout saturées (viennoiseries, pâtisseries, charcuteries, beurre, sauces, fromages, lait entier…). Augmenter la consommation des sucres lents, plus énergétiques, notamment du pain, des pâtes, du riz, des pommes de terre, des légumineuses. Consommer viande, poisson et autres produits de la mer ou œufs 1 à 2 fois par jour, en favorisant les viandes maigres et la consommation de poisson. Limiter la consommation de pâtisseries, sucreries, boissons sucrées. Limiter la consommation de boissons alcoolisées à 2 verres de vin de 10 cl par jour pour les femmes et 3 verres pour les hommes. L’eau est la seule boisson indispensable ; il faudrait en boire au moins un litre et demi par jour, telle quelle ou sous forme de boissons chaudes. L’activité physique : elle entraîne de nombreux bienfaits pour le cœur :
Amélioration de la circulation sanguine ; Ralentissement du pouls et meilleure performance ; Augmentation du taux d’oxygène et diminution du taux de cholestérol dans le sang ; Meilleure gestion du stress. Le maintien d’une activité physique et musculaire régulière et adaptée contribue à prévenir l’ostéoporose et aide au bon fonctionnement du système cardiovasculaire.
Quelles activités choisir ? Un sport bon pour le cœur est avant tout un exercice d’endurance, long et régulier. Certains peuvent être pratiqués à tout âge et figurent au palmarès pour la prévention des maladies cardiovasculaires. La marche permet une adaptation très progressive du cœur et de la respiration à l’effort. La course à pied doit être pratiquée selon les capacités musculaires de son âge. La natation favorise le développement de la cage thoracique et de la capacité respiratoire. Le cyclisme nécessite une adaptation cardiaque progressive (allure modérée et régulière). La gymnastique assouplit les muscles chez les « non-sportifs » ; à pratiquer en séances de 10 à 30 minutes en moyenne par jour et de préférence de façon régulière, sans brusquer ni surmener le cœur, les muscles et les articulations.
Nous ne pouvons rester immobiles devant les maladies cardiaques qui tuent la moitié des marocains et que nous pouvons réduire énormément par le dépistage -éducation. Il faut créer des centres spéciaux à cet effet, comme celui initié par l’association marocaine de cardiologie qui dépiste 20 personnes par jour et devrait dépister 3.000 personnes par an. Il s’agit d’un projet social par excellence est baptisé < un printemps dans les cœurs>. La volonté de cette association est de multiplier des centres similaires sur un maximum de régions du territoire national.
Contribuons donc à éviter les maladies cardiaques. Amenons < un printemps dans les cœurs> Des marocains.
Pr CHERKAOUI Najib
Source :http://www.lopinion.ma
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